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L’Huile essentielle de sauge sclarée est-elle réellement oestrogen-like ?

I° Origines

A l’origine, la sauge sclarée (Salvia sclarea) était essentiellement utilisée pour traiter certains troubles de la vue. Cette indication lui vaudra d’ailleurs son nom de « sclarea » (« qui voit clair »). Elle est également traditionnellement utilisée pour les troubles liés à la ménopause, probablement sur base des propriétés attribuées initialement à la teinture mère de sauge officinale (Salvia officinalis). Plus tard, l’huile essentielle de la plante sera également utilisée dans ce but. Il faudra attendre 1990 et l’ouvrage « L’Aromathérapie exactement » [1], pour qu’une hypothèse soit émise sur les raisons biochimiques de cette vertu sur l’équilibre hormonal. Dans ce livre, l’auteur explique ses propriétés par la présence de sclaréol, un alcool diterpénique présent dans l’huile essentielle, qui selon l’auteur aurait une structure « oestrogen-like ». Cette molécule pourrait ainsi mimer l’action des oestrogènes et compenser la diminution d’oestradiol lié à la ménopause et aux hormones féminines en général. Cette hypothèse est également la cause de la contre-indication la plus connue de l’huile essentielle de Sauge sclarée, à savoir qu’elle ne conviendrait pas aux personnes souffrant ou ayant souffert d’un cancer oestrogeno-dépendant. C’est également sur base de cette théorie que l’huile essentielle de Sauge sclarée fut intégrée dans des évaluations cliniques de traitements aromathérapeutiques destinés aux personnes souffrant de dysménorrhée [2] [3]. Ces études cliniques se sont montrées globalement positives mais la Sauge sclarée n’y était pas l’unique huile essentielle et il est donc délicat de confirmer ces propriétés sur base de ces seules études.

II° Le sclaréol est-il réellement "oestrogen-like"?

Vingt-huit ans plus tard, Il n’existe (à notre connaissance) aucune étude scientifique confirmant l’hypothèse selon laquelle le sclaérol serait oestrogen-like. A contrario, de nombreuses données scientifiques semblent indiquer que le sclaréol n’aurait en réalité pas une structure proche de celle de l’oestradiol. En effet, plusieurs études se sont penchées sur les éléments clefs nécessaires à une structure « oestrogen-like » [4] [5]. Sur base de ces observations, le sclaréol ne semble pas disposer des éléments structuraux qui lui permettraient de répondre à la définition d’une substance « oestrogen-like ». Ces données  ne permettent évidemment pas de garantir que le sclaréol n’est pas oestrogen-like et se contentent de mettre en avant le fait que rien ne permet de confirmer qu’il le serait, ni d’expliquer comment il pourrait l’être.

On notera également que plusieurs études mettent en avant le potentiel anti-cancer du sclareol  [6][7][8], y compris sur des lignées de cancer du sein oestrogeno-dépendantes [9] ainsi que sur un modèle in vivo [10]. Non seulement le sclaréol ne semble pas avoir une structure proche des oestrogènes mais il ne semble pas non plus avoir un effet oestrogeno-mimétique sur les lignées cancéreuses qui y sont sensibles.

Sur base de ces informations, il apparaît raisonnable de considérer que l’huile essentielle de Sauge sclarée (Salvia sclarea) n’est pas contre-indiquée pour les personnes souffrant ou ayant souffert de cancers oestrogéno-dépendants. Par ailleurs, s’il est trop tôt pour affirmer que le sclaréol n’est pas « oestrogen-like », les données actuelles tendent à l’infirmer.

On notera que cette information est de nature rassurante puisqu’une molécule « oestrogen-like » pourrait être considérée comme un perturbateur endocrinien, au même titre que les parabens. Le sclaréol étant largement utilisé comme fixateur de parfum, il apparaît préférable qu’il ne dispose pas d’une telle propriété. Quoi qu’il en soit, il semble intéressant d’envisager d’autres causes à l’efficacité de la sauge sclarée sur les troubles liés à la ménopause.

III° La voie de la sérotonine: une explication alternative

Si nous partons du principe qu’une similarité structurelle entre les molécules majoritaires de l’huile essentielle de Sauge sclarée n’est pas à l’origine de son action sur les troubles de la ménopause, d’autres pistes restent envisageables. Parmi celles-ci, la stimulation de la production des oestrogènes endogènes. Une étude menée par Shinohara et al. [11] semble néanmoins écarter cette possibilité. Elle montre en effet que l’inhalation d’huile essentielle de Sauge sclarée ne mène pas à une augmentation significative de l’oestradiol chez la femme ménopausée, à l’inverse des huiles de géranium rosat (Pelargonium graveolens) et de rose de Damas (Rosa damascena).

Une autre étude évaluant l’impact de l’huile essentielle de Sauge sclarée sur l’organisme met par contre en avant une propriété particulièrement intéressante. L’inhalation d’huile essentielle de Sauge sclarée pourrait en effet avoir un effet stimulant sur la voie de la sérotonine [12]. On notera que la voie sérotoninergique intervient dans la régulation de l’humeur (dépression), de la pression sanguine et la thermorégulation (bouffées de chaleurs), ainsi qu’indirectement dans le sommeil puisque la sérotonine est le précurseur de la mélatonine (insomnies et sueurs nocturnes). Une stimulation sérotoninergique pourrait donc expliquer l’impact positif de l’huile essentielle de Sauge sclarée sur de nombreux troubles liés à la ménopause. D’autres études semblent confirmer cette propriété de l’huile essentielle de Sauge sclarée [13]. On notera également que l’huile semble avoir un impact plus prononcé que l’huile essentielle de Lavande (Lavandula angustifolia), y compris in vivo [14].

IV° Conclusions

La plupart des données scientifiques récentes ne confirment pas, voire infirment, l’hypothèse selon laquelle le sclaréol serait « oestrogen-like ». L’huile essentielle de Sauge sclarée n’en reste pas moins une piste intéressante dans le cadre des troubles associés à la ménopause. Il est encore trop tôt pour affirmer que les propriétés sérotoninergiques qui semblent se dessiner sont la cause d’une utilisation traditionnelle de l’huile de Sauge sclarée dans le cas de la ménopause, mais elles offrent une explication plus plausible au regard des données actuellement disponibles, tout en ouvrant la voie à d’autres indications thérapeutiques. Ce qui semble évident, c’est que rien n’indique que l’huile essentielle de Sauge sclarée serait contre-indiquée chez les personnes souffrant ou ayant souffert d’un cancer oestrogéno-dépendant. Quoiqu’il en soit cette huile, comme beaucoup d’autres, est probablement encore loin d’avoir dévoilé toute l’ampleur de son intérêt thérapeutique.

V° Références

[1] Franchomme P. & Pénoël D. (1990) “L’Aromathérapie exactement” Editions Roger Jollois.

[2] Han SH, Hur MH, Buckle J, Choi J, Lee MS. (2006) “Effect of aromatherapy on symptoms of dysmenorrhea in college students: A randomized placebo-controlled clinical trial.” J Altern Complement Med. 2006 Jul-Aug;12(6):535-41.

[3] Ou MC, Hsu TF, Lai AC, Lin YT, Lin CC. (2012) « Pain relief assessment by aromatic essential oil massage on outpatients with primary dysmenorrhea: a randomized, double-blind clinical trial.”  J Obstet Gynaecol Res. 2012 May;38(5):817-22. doi: 10.1111/j.1447-0756.2011.01802.x. Epub 2012 Mar 22.

[4] Blair RM, Fang H, Branham WS, Hass BS, Dial SL, Moland CL, Tong W, Shi L, Perkins R, Sheehan DM (2000) “The estrogen receptor relative binding affinities of 188 natural and xenochemicals: structural diversity of ligands.” Toxicological Sciences 54:138-153

[5] Schultz TW, Sinks GD, Cronin MT. (2002) “Structure-activity relationships for gene activation oestrogenicity: evaluation of a diverse set of aromatic chemicals.” Environ Toxicol. 2002 Feb;17(1):14-23.

[6] Dimas K, Hatziantoniou S, Tseleni S, Khan H, Georgopoulos A, Alevizopoulos K, Wyche JH, Pantazis P, Demetzos C. “Sclareol induces apoptosis in human HCT116 colon cancer cells in vitro and suppression of HCT116 tumor growth in immunodeficient mice.” Apoptosis. 2007 Apr;12(4):685-94.

[7] Mahaira LG, Tsimplouli C, Sakellaridis N, Alevizopoulos K, Demetzos C, Han Z, Pantazis P, Dimas K. (2011) “The labdane diterpene sclareol (labd-14-ene-8, 13-diol) induces apoptosis in human tumor cell lines and suppression of tumor growth in vivo via a p53-independent mechanism of action.” Eur J Pharmacol. 2011 Sep;666(1-3):173-82. doi: 10.1016/j.ejphar.2011.04.065. Epub 2011 May 20.

[8] Wang L, He HS, Yu HL, Zeng Y, Han H, He N, Liu ZG, Wang ZY, Xu SJ, Xiong M. (2015) “Sclareol, a plant diterpene, exhibits potent antiproliferative effects via the induction of apoptosis and mitochondrial membrane potential loss in osteosarcoma cancer cells.” Mol Med Rep. 2015 Jun;11(6):4273-8. doi: 10.3892/mmr.2015.3325. Epub 2015 Feb 10.

[9] Dimas K, Papadaki M, Tsimplouli C, Hatziantoniou S, Alevizopoulos K, Pantazis P, Demetzos C. “Labd-14-ene-8,13-diol (sclareol) induces cell cycle arrest and apoptosis in human breast cancer cells and enhances the activity of anticancer drugs.” Biomed Pharmacother. 2006 Apr;60(3):127-33. Epub 2006 Feb 21.

[10] Noori S, Hassan ZM, Mohammadi M, Habibi Z, Sohrabi N, Bayanolhagh S. “Sclareol modulates the Treg intra-tumoral infiltrated cell and inhibits tumor growth in vivo.” Cell Immunol. 2010;263(2):148-53. doi: 10.1016/j.cellimm.2010.02.009. Epub 2010 Mar 10.

[11] Shinohara K, Doi H, Kumagai C, Sawano E, Tarumi W. (2017) “Effects of essential oil exposure on salivary estrogen concentration in perimenopausal women.” Neuro Endocrinol Lett. 2017 Jan;37(8):567-572.

[12] Lee KB, Cho E, Kang YS. (2014) “Changes in 5-hydroxytryptamine and cortisol plasma levels in menopausal women after inhalation of clary sage oil.” Phytother Res. 2014 Nov;28(11):1599-605. doi: 10.1002/ptr.5163. Epub 2014 May 7.

[13] Seol GH, Shim HS, Kim PJ, Moon HK, Lee KH, Shim I, Suh SH, Min SS. (2010) “Antidepressant-like effect of Salvia sclarea is explained by modulation of dopamine activities in rats.” J Ethnopharmacol. 2010 Jul 6;130(1):187-90. doi: 10.1016/j.jep.2010.04.035. Epub 2010 May 2.

[14] Seol GH, Lee YH, Kang P, You JH, Park M, Min SS. (2013) “Randomized controlled trial for Salvia sclarea or Lavandula angustifolia: differential effects on blood pressure in female patients with urinary incontinence undergoing urodynamic examination.” J Altern Complement Med. 2013 Jul;19(7):664-70. doi: 10.1089/acm.2012.0148. Epub 2013 Jan 29.