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Cinquante nuances de Lavande en Aromathérapie

Lavandula multifida – Copyright Marysa Rafter

I° Petit Rappel sur l'Identification Botanique

En aromathérapie scientifique, l’identification botanique de la plante distillée est probablement l’une des caractéristiques les plus importantes d’une huile essentielle. Elle est en effet l’un des facteurs majeurs qui influencent la composition moléculaire de l’huile et donc ses propriétés.

Afin d’être précis dans cette identification de la plante, les pharmaciens se réfèrent à la nomenclature binominale de celle-ci. Ce nom est constitué de deux éléments « latinisés » :

 

  • Le premier élément fait référence au genre de la plante (Citrus pour les agrumes, Mentha pour les menthes, Salvia pour les sauges, etc.). Bien qu’il ne donne pas une information suffisamment précise, le genre reste un premier élément d’identification. A titre d’exemple, la lavande d’Afghanistan n’appartient pas au genre des lavandes mais au genre Perovskia et n’est donc pas une lavande d’un point de vue botanique. On notera d’ailleurs qu’une huile essentielle de Perovskia pourrait aussi bien être appelée « huile essentielle de Lavande d’Afghanistan » que « huile essentielle de Sauge de Russie » démontrant l’importance de la nomenclature binominale qui est plus précise que le nom vernaculaire (nom commun).

 

  • Le second élément fait référence à l’espèce de la plante (limon pour le citron, reticulata pour la mandarine, aurantium pour l’orange amer etc.). L’espèce donne une information précise sur l’identité de la plante au sein de son genre. Elle est parfois complétée d’une information quant à la sous-espèce (le nom de la sous-espèce est alors précédé d’un « subsp. » ou d’un « ssp. ») voire d’une information sur la variété de la plante (le nom de la variété est alors précédé de « var. »). Enfin, il peut arriver que le nom de l’espèce soit suivi d’une lettre majuscule, elle-même suivie d’un point. Il s’agit dans ce cas de l’initiale du scientifique ayant identifié la plante : « L. » pour Carl von Linné, « M. » pour Philip Miller, etc.

 

Sur base de cette identification botanique, nous pouvons retrouver une multitude de Lavandes (Appartenant toutes au genre Lavandula) et donc une multitude d’huiles essentielles de Lavande aux compositions et propriétés aussi diverses que variées.

II° Les Huiles essentielles de Lavandes connues et moins connues

a) La Lavande vraie (Lavandula angustifolia)

L’huile essentielle de Lavandula angustifolia (Lavande vraie ou Lavande fine) est principalement composée de linalol et d’acétate de linalyl. Il s’agit de l’huile essentielle la plus étudiée sur le plan thérapeutique. Elle est notamment recommandée en cas de stress ou de troubles légers du sommeil, par voie orale ou par inhalation [1] (les propriétés neurologiques du linalol ont été développées dans un précédent article: ICI).

b) La Lavande aspic (Lavandula latifolia / Lavandula spica)

L’huile essentielle de Lavandula latifolia (Lavande aspic) contient également du linalol mais aussi de l’eucalyptol (1,8-cinéole) et du camphre dans des quantités significatives. Elle sera, de ce fait, recommandée dans le cadre de démangeaisons ou de petites lésions cutanées. Le massage musculaire est également envisageable tout comme son utilisation en cas de catarrhe. Son administration par voie topique sera donc privilégiée.

c) Le Lavandin (Lavandula intermedia / Lavandula hybrida / Lavandula burnatii)

L’huile essentielle de Lavandula intermedia (Lavandin) est un hybride des deux premières espèces. Sélectionné parce qu’il offre un rendement en huile essentielle bien supérieur à la lavande vraie (ce qui permet d’obtenir un produit moins coûteux), de nombreux clones ont été développés au fil des années (Super, Grosso, Reydovan, Abrialis,…). Ces différents clones présentent une composition en molécules aromatiques qui peut « légèrement » varier. Leurs huiles essentielles sont principalement utilisées en diffusion ou en remplacement de la lavande vraie (plus onéreuse).

d) La Lavande stoechade (Lavandula stoechas)

L’huile essentielle de Lavandula stoechas (Lavande papillon ou Lavande maritime) est particulièrement riche en fenchone et en camphre [2][3]. Ces concentrations élevées invitent à la prudence et la supervision d’un professionnel de la santé sera nécessaire. Elle semble cependant présenter un intérêt antifongique non négligeable. On remarquera que la sous-espèce luisieri (Lavande de Séville) présente une composition totalement différente de la lavande papillon « classique » (subsp. stoechas) avec une composition riche en dérivés de Necrodane [4][5].

e) La Lavande laineuse (Lavandula lanata)

L’huile essentielle de Lavandula lanata (Lavande laineuse) est particulièrement riche en camphre et en lavandulol [6][7]. Cette huile essentiellement est principalement utilisée comme source de lavandulol dans la parfumerie [8]. La plupart des propriétés physiologiques de cette huile essentielle restent encore à découvrir. Par ailleurs, sa concentration élevée en camphre devrait inciter à la prudence quant à son utilisation chez les jeunes enfants.

f) La Lavande jaune (Lavandula viridis)

L’huile essentielle de Lavandula viridis (Lavande jaune) est particulièrement riche en 1,8-cinéole mais également en pinènes et en camphre [9][10]. Cette huile essentielle rarement distillée, et donc difficile à se procurer, présente un intérêt dans le cadre de massages musculaires. Sa composition est à mi-chemin entre l’huile essentielle de Lavande aspic (Lavandula latifolia) et celle d’un Romarin à camphre(Rosmarinus officinalis CT Camphre).

g) La Lavande multifide (Lavandula multifida)

L’huile essentielle de Lavandula multifida (Lavande multifide) qui contient principalement du Carvacrol (jusqu’à 65%) et du Beta-bisabolene [11][12]. Très rarement distillée, sa composition permet d’envisager une utilisation dans un cadre « anti-infectieux ». Une analyse approfondie de la composition moléculaire sera cependant nécessaire, d’autant que cette espèce semble présenter une variabilité importante de composition selon les populations [13].

h) Les autres

Vous pensez cette liste exhaustive ? Détrompez-vous ! Lavande pédonculée (Lavandula pedonculata), Lavande dentelée (Lavandula dentata), Lavande des canaries (Lavandula canariensis), Lavande à feuilles de fougère (Lavandula pinnata), Lavande du Cap vert (Lavandula rotundifolia), Lavande à bois de cerfs (Lavandula coronopifolia), etc. Il existe un nombre impressionnant de lavandes dans le monde. Preuve que nous sommes à mille lieues de maîtriser ce que la nature a à nous offrir. D’autant, que l’espèce botanique est loin d’être le seul élément différenciant pour une huile essentielle, mais ceci est une autre histoire…

III° Références

[1] HMPC of European Medicine Agency (EMA) (2012) – “Community herbal monograph on Lavandula angustifolia Miller, aetheroleum” EMA/HMPC/143181/2010  https://www.ema.europa.eu/documents/herbal-monograph/final-community-herbal-monograph-lavandula-angustifolia-miller-aetheroleum_en.pdf

[2] Angioni A, Barra A, Coroneo V, Dessi S, Cabras P. (2006) – “Chemical composition, seasonal variability, and antifungal activity of Lavandula stoechas L. ssp. stoechas essential oils from stem/leaves and flowers.” J Agric Food Chem. 2006 Jun 14;54(12):4364-70.

[3] La Bella S, Tuttolomondo T, Dugo G, Ruberto G, Leto C, Napoli EM, Potorti AG, Fede MR, Virga G, Leone R, D’Anna E, Licata M. (2015) – “Composition and Variability of the Essential Oil of the Flowers of Lavandula stoechas from Various Geographical Sources.” Nat Prod Commun. 2015 Nov;10(11):2001-4.

[4] Baldovini N, Lavoine-Hanneguelle S, Ferrando G, Dusart G, Lizzani-Cuvelier L. (2005) – « Necrodane monoterpenoids from Lavandula luisieri. » Phytochemistry. 2005 Jul;66(14):1651-5.

[5] Arantes S, Candeias F, Lopes O, Lima M, Pereira M, Tinoco T, Cruz-Morais J, Martins MR. (2016) – “ Pharmacological and Toxicological Studies of Essential Oil of Lavandula stoechas subsp. luisieri.” Planta Med. 2016 Sep;82(14):1266-73. doi: 10.1055/s-0042-104418. Epub 2016 Apr 28.

[6] Barrero A, Herrador M, Arteaga P, Arteaga J, Burillo J (2008) – “Cultivars of Lavandula lanata Boiss., a good source of lavandulol. » Natural Product Communications. 3. 379-381.

[7] Tomei PE, Luigi Cioni P, Flamini G, Stefani A (1995) – “Evaluation of the Chemical Composition of the Essential Oils of Some Lamiaceae from Serrania de Ronda (Andaluçia, Spain).” Journal of Essential Oil Research – J ESSENT OIL RES. 7. 279-282. 10.1080/10412905.1995.9698519.

[8] Barrero A.F., Herrador M.M., Arteaga P., Arteaga J.F., Burillo J. (2008) – « Cultivars of Lavandula lanata Boiss, a good source of lavandulol » Natural Product Communications: 3, 379-381

[9] Zuzarte M, Gonçalves MJ, Cavaleiro C, Canhoto J, Vale-Silva L, Silva MJ, Pinto E, Salgueiro L. (2011) – “Chemical composition and antifungal activity of the essential oils of Lavandula viridis L’Her.” J Med Microbiol. 2011 May;60(Pt 5):612-8. doi: 10.1099/jmm.0.027748-0. Epub 2011 Feb 14.

[10] Nogueira JM, Romano A. (2002) – « Essential oils from micropropagated plants of Lavandula viridis. » Phytochem Anal. 2002 Jan-Feb;13(1):4-7.

[11] Messaoud C, Chograni H, Boussaid M. (2011) – “Chemical composition and antioxidant activities of essential oils and methanol extracts of three wild Lavandula L. species.” Nat Prod Res. 2012 Nov;26(21):1976-84. Epub 2011 Nov 25.

[12] Zuzarte M, Vale-Silva L, Gonçalves MJ, Cavaleiro C, Vaz S, Canhoto J, Pinto E, Salgueiro L. (2012) – “Antifungal activity of phenolic-rich Lavandula multifida L. essential oil.” Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 2012 Jul;31(7):1359-66. doi: 10.1007/s10096-011-1450-4. Epub 2011 Oct 22.

[13] Chograni H, Zaouali Y, Rajeb C, Boussaid M. (2010) – « Essential oil variation among natural populations of Lavandula multifida L. (Lamiaceae).” Chem Biodivers. 2010 Apr;7(4):933-42. doi: 10.1002/cbdv.200900201.

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